
Tout le long de sa vie et de sa carrière d'entraîneur de
natation, Guy Boissière est resté fidèle à une
ligne de conduite. Il s'attachait, en relation avec ses nageurs, à
leur permettre de bâtir leur carrière, à définir
avec eux, à chaque étape de leur progression, la suite de leur
aventure personnelle, à leur découvrir les nombreuses finalités
du sport. Quand il entraînait en équipe de France, cette démarche
était parfois superflue. Mais en club, il suivait souvent l'évolution
de ses élèves de A à Z, et alors il estimait que cette
méthode était indispensable.
Le sport tel qu'il le voyait n'était pas une pratique du corps sans
âme ; ce n'était pas la préparation aux Jeux du Cirque.
Il s'agissait d'éduquer un homme (ou une femme) avant que d'en faire,
le cas échant, un champion.
Si Guy Boissière est resté toujours conscient de la fonction
éducative et sociale du sport, il ne s'agissait pas, pour lui, d'un
effet littéraire, ou d'un principe vaguement posé là,
pour faire joli, et qu'il accrochait commodément au vestiaire quand
il fallait " faire des performances ". C'était un axiome
intangible de sa méthode. Comme il était tout à la fois
un humaniste et un homme pratique, il se méfiait des théories
fumeuses, et préférait se mouvoir dans le concret.
D'après lui, la compétition ne nie pas l'éducation,
mais en est un support précieux. Le sport est l'objet d'un apprentissage
progressif ; sa maîtrise ne s'acquiert que petit à petit. Cette
progression est parfois source de frustrations ; elle est aussi - et peut-être
de ce fait un apprentissage de la vie.
On a vanté, bien avant Guy Boissière, l'école de
l'effort, le plaisir d'apprendre et de se dépasser, l'expérience
de la solidarité et l'apprentissage des valeurs collectives. Guy, bien
entendu, adhérait à de telles idées. Mais l'une de ses
vertus majeures tenait à la façon qu'il avait de faire passer
dans les générations successives de ses nageurs ces préceptes
essentiels.
Dans un sport qui a souvent été décrit en termes
de difficulté, de rigueur, parfois même, fort injustement, d'aridité,
Guy Boissière avait ce truc qui rendait les choses faciles. Il ne fut
certes pas le seul - bien heureusement -, mais l'un des membres distingués
de cette phalange d'entraîneurs pour qui le plaisir du jeu et l'épanouissement
personnel sont inséparables de la rigueur et de la patience, pour lequel
il n'est de grande responsabilité ni de grand dessein sans une totale
liberté de choix.
Pour lui, il n'était guère raisonnable de gâcher toute
une jeunesse pour seulement quelques illusoires minutes de triomphe sur un
podium national, mondial ou olympique (un triomphe qui ne concernait d'ailleurs
qu'un nageur sur mille
ou sur un million). Il importait que chaque instant
fut, autant que possible, un plaisir et un enseignement, que toute carrière,
petite ou grande, glorieuse ou modeste, fut vécue dans la joie et,
si possible, la passion. Si gagner restait le but ultime, ce n'était
pas le but unique.